Sacha Guitry (1885-1957)

Le 21 février 1885, 12 perspective Nevski, à Saint Petersbourg, naissait Alexandre-GeorgesPierre Guitry, dit Sacha. Son père, Lucien, comédien, marié à Renée Delmas (dite de PontJest) , après avoir été appelé en 1882 à Londres pour jouer aux côtés de Sarah Bernhardt, signa un contrat de neuf saisons d'hiver au théâtre Michel de St. Petersbourg.

L'enfance et la scolarité du jeune Sacha sera tumultueuse, entre la séparation puis le divorce de ses parents, et ses études «catastrophiques» : A 17 ans, Sacha redoublait pour la dixième fois sa sixième, dans le douzième établissement qui l'avait accepté. Mais c'est également à cet âge et cette année là, en avril, qu'il créera sa première pièce au Théâtre des Mathurins avec un « succès honorable » (sic).

 

Dès lors, Sacha Guitry ne quittera plus le monde du théâtre, comme comédien, mais aussi comme auteur (124 œuvres) comme administrateur et comme représentant de la profession. Bénéficiant, par son père d'un entourage de prestige (Les « quatre mousquetaires », Jules Renard, Alfred Capus, Tristan Bernard se réunissaient deux ou trois fois par semaine chez Lucien Guitry et Sacha n'aurait pas manqué ces moments pour un empire), par sa profession et par une curiosité insatiable dotée d'une humilité et d'un respect pour les choses de l'art et de l'esprit, Sacha Guitry développa une culture encyclopédique et s'avéra un collectionneur de haut niveau.

 

Ce sont cette curiosité, cette humilité, ce goût du beau, de l'intelligent, du bon, de l'humain qui donnent à son œuvre cet inégalable sens de l'observation et qui lui permettent de s'exprimer sur tous les sujets avec une justesse et une perspicacité qu'on lui reprochera parfois. Mais ces « on » là étaient dispensés de la qualité suprême de Guitry, qui avait résolument pris le parti, une fois pour toutes, de rire de tout et de ne pleurer de rien. Sa « misogynie » tant décriée est la réaction d'un homme déçu, et qui a peut-être déçu, dans un milieu, une époque et une société où il avait été souvent trompé.

 

« Avoir à soi un être humain, tout lui donner, -lui donner tout: l'amour des arts, de la nature et de la vie, -faire enfin son bonheur, et l'entendre un beau soir crier : « Je suis heureuse ! », - c'était cela mon rêve, -et je n'en ai pas eu d'autre. (S.G.)

Pourquoi GUITRY ?

Trop souvent enfermée dans la caricature, voire traitée avec le mépris hautain qu’on lui a reproché à tort, l’œuvre de Sacha Guitry méritait qu’on lui rende justice. Cet auteur, interprète, et homme d’esprit, à la culture encyclopédique, pouvait-il raisonnablement être réduit à des qualificatifs aussi vulgaires que « misogyne », « snob », « égoïste » et autres « vaniteux » ? Tout comme Aristophane et Molière, Guitry prend résolument le parti de rire de tout et de ne pleurer de rien dans la société qui l’entoure. Sa particularité est de le faire en exploitant toutes les subtilités et richesses de la langue française, d’y adjoindre une imagination et une fantaisie qui ravissent l’esprit, et d’être d’une modernité comparable à celle de ses grands prédécesseurs. Enfin, Guitry auteur et acteur a écrit des rôles pour les comédiens, des personnages complexes et subtils que les acteurs d’aujourd’hui prennent un plaisir immense à interpréter.

GUITRY Comment ?

Ecoutons le Maître : « Les personnages de théâtre sont des portraits ou des caricatures ; il y a plusieurs façons de les présenter, et toutes sont bonnes si les personnages sont ressemblants. Les pièces sont des histoires que l’on raconte, et il y a plusieurs façons de les raconter –et toutes sont bonnes si vous dites ce que vous croyez être la vérité. » Que dire de plus ? Le respect des époques, des costumes, des décors, du détail et de la précision que l’auteur a pris le soin d’y placer va de soi. Le respect de la langue, à une époque où elle est souvent malmenée, reste un succulent plaisir, au delà des vertus pédagogiques. En somme, jouer Guitry, c’est avant tout vouloir le comprendre, dans toute sa finesse, sa fantaisie et son indestructible sens de l’humour.

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